Mais que se passe-t-il à Lens ?
Non, il ne s’agit pas d’un article sur les gens visés par une fameuse banderole du Stade de France. Mais plutôt d’un petit bilan de fin de saison, avant la dernière ligne droite du championnat, concernant une équipe qui joue avec le feu et risque de se retrouver en Ligue 2 la saison prochaine. Et pourtant, au vu de l’effectif du RC Lens, qui eut cru que de tels joueurs furent capable d’obtenir un classement si bas ? Le problème se trouve peut-être donc ailleurs que sur les qualités individuelles. Un soucis dans le vestiaire ? une mauvaise ambiance dans le staff technique ? Probablement un peu des deux, en tout cas ce n’est pas le public qui est à mettre en cause, j’en veux pour preuve une très grosse ambiance à Félix-Bollaert pour la réception de Metz, opposant le 17e au 20e !
Individuellement, les joueurs possèdent de grosses qualités techniques et n’ont pas grand chose à envier aux meilleurs joueurs du championnat. Il suffit de voir Kovacevic ratisser le terrain pendant 90mn et tacler judicieusement (quoique parfois violemment) ses adversaires du soir ; Hilton être souvent présent au bon endroit pour couper les trajectoires, en compagnie de son tandem Coulibaly toujours prompt à faire jouer son physique lorsqu’il doit récupérer la balle déviée ; Laurenti et Belhadj se secouer les puces pour tacler et tenter d’apporter des solutions offensives ; Dindane enchaîner les provocations et dribbles à bon escient. Défensivement donc, tout va bien. Mais là où le bas blesse, c’est lorsque l’on agite le spectre de la création, car c’est bien simple : il n’y en a pas. Lens joue souvent avec deux récupérateurs : Mangane, Sablé, Kovacevic et Sidi Keita alternent dans l’entre-jeu. A côté, une paire d’ailiers évolue en alternant les positions : l’ailier droit se retrouve ailier gauche le temps de quelques actions, et vice-versa. L’idéal pour troubler l’adversaire, qui doit faire face à deux types de joueurs pendant le match … Au fait, et la création dans tout ça ? Et bien, ce ne seront pas les attaquants (un soutien en rotation autour d’une pointe) qui s’en chargeront, tout simplement parce que ce n’est pas leur boulot et que la création du jeu ne se fait pas si haut. Il reste bien Éric Carrière, mais le joueur est usé physiquement et reste bien trop tendre pour accomplir une vraie tâche de créateur. Lors du match contre Metz, alors que Lens pataugeait pour tenter d’expédier un deuxième but au fond des filets, on a pu constater ce manque flagrant de création. Demont et Monterrubio s’entêtaient à squatter les couloirs, sans jamais en démordre, laissant tout le loisir à l’adversaire de les attendre. Maoulida et Dindane, les attaquants du soir, ne se rendaient pas plus disponibles car n’étant pas liés aux récupérateurs ou aux latéraux.
Le collectif en général serait aussi à critiquer. Les joueurs ont beaucoup de mal à se trouver, en font parfois trop et ne privilégient pas souvent la meilleur solution. Faire repiquer dans l’axe les ailiers, et placer un vrai milieu offensif axial derrière deux attaquants de pointe pourrait apporter plus de solutions offensives, tout en permettant aux arrières latéraux d’envoyer de vrais centres à destination de l’attaque. Un bon 4-4-2 losange des familles, il n’y a que ça de vrai. Reste maintenant à Jean-Pierre Papin de faire les meilleurs choix pour pérenniser l’avenir du RCL en Ligue 1.
D’ailleurs, évoquant l’entraîneur, il est peut-être temps également d’évoquer de possibles problèmes de vestiaires : ce serait récurrent dans l’Artois et ce ne serait surtout pas la première fois que le club serait pris en otage par les joueurs. Rappelons-nous que lors de la saison 1999-00, Lens se retrouvait au fond du classement après un début de saison catastrophique, encaissant également en Coupe UEFA un revers 2-1 sur son terrain face à Kaiserslautern. Une semaine et une éviction d’entraîneur plus tard, les lensois se qualifiaient en l’emportant 4-1 en Allemagne, allant même jusqu’en demi-finale de la compétition, et terminant en championnat à la 5e place. Cette année-là, dans un célèbre quotidien du Nord-Pas-de-Calais, une grosse rumeur de mésentente dans le vestiaire était souvent revenue à la charge. Jean-Pierre Papin, ancienne gloire de la région passé par l’OM, le Milan AC et le Bayern, serait-il en conflit discret avec Daniel Leclercq, seul entraîneur à avoir ramené des titres (Champion de France 1998, vainqueur de la Coupe de la Ligue 1999) dans l’histoire du RC Lens ? Deux forts caractères font rarement bon ménage.
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