Dossier : Gerets, Marseille, Diouf et l’avenir à court terme
Alors que Marseille n’a jamais été aussi proche de gagner le championnat de France, grâce à sa première place actuelle au classement, son entraîneur, Eric Gerets, a annoncé qu’il avait décidé de quitter le navire à la fin de la saison. Retour sur le pourquoi du comment et l’avenir à court terme de l’OM.
Le début du cas Gerets
Depuis le mois de janvier, les journalistes s’intéressent de près à l’avenir du technicien belge sur la Canebière. Pour plusieurs raisons : la ressemblance inéluctable au défunt Raymond Goethals, dernier entraîneur à avoir fait gagner un trophée à l’OM, la présence de Marseille dans les premières places du classement, la certitude d’avoir enfin trouvé la personne qui a les épaules assez larges pour entraîner ce club et les relations fraternelles – voir fusionnelles pour Taiwo – entre Gerets et son vestiaire.
La pression de Robert Louis-Dreyfus
14 janvier 2009. Dans un entretien à L’Equipe, Robert Louis-Dreyfus, big boss de l’Olympique Marseille met la pression sur la direction du club. Pour lui, il n’y as pas assez de résultat et trop de joueurs. Surtout il annonce que Diouf, Anigo et Gerets devront assumer leurs choix (Hilton, Ben Arfa) en fin de saison si le club ne termine pas dans les deux premières places. RLD en profite pour annoncer qu’il avait proposé Gourcuff (facile de faire cette annonce après son éclosion) et Alex (Chelsea) mais que la direction a préféré d’autres joueurs. Cette interview tombe dans la période noire de l’OM qui, entre le 15/11 et le 21/12 a enchaîné une série de deux défaites, trois nuls et une seule victoire.

Le jeu du chat et de la souris
Après cette interview et avec la fin de contrat d’Eric Gerets en ligne de mire, les journalistes se déchainent. La moindre petite piste est creusée, la moindre rumeur amplifiée, la moindre conférence de presse utilisée. Dès que l’on parle de l’OM, on en vient indubitablement à parler de l’avenir du technicien belge à l’OM. Pas avare en pirouette, Gerets s’amuse de cette situation et a toujours une blague dans la veste de son survêtement à destination des journalistes. De plus, Marseille a repris sa marche en avant, destination le titre de champion.
Gerets siffle la fin de la récréation
Le jeu a son temps, le sérieux aussi. Lassé de devoir répondre à chaque interview, que cela soi après un match ou après l’entraînement, sur son avenir, Eric Gerets décide de ne plus répondre. Les jours passent et son agacement grandit. Désormais dès que la question de son avenir est posée, Gerets se lève et prend la porte. Diouf adopte la même ligne de conduite et réclame qu’on lui fasse confiance. L’ombre de RLD plane toujours. Gerets a en fait déjà pris sa décision, il quittera l’OM.
Tant qu’on parle de Gerets…
… on ne parle pas de la situation de Ben Arfa, qui use et abuse du banc de touche, de Tyron Mears recruté pour on ne sait quelle raison, du manque d’efficacité de Niang depuis son retour… Bref on ne parle pas du jeu de l’OM et de ses problèmes, on ne parle que de la situation de Gerets. Le groupe est ainsi protégé par son entraîneur. Tout bête mais diaboliquement efficace !

Gerets passe à table
Lundi, le journal L’Equipe balance l’info. Gerets va partir et pourrait s’engager avec un club Saoudien. L’info est reprise en radio, dans les journaux, sur le web et fait le tour du monde. Puis telle une bande de charognards prêt à déchiquetter un boeuf, les médias lâchent tous leurs infos. Comme s’ils avaient attendu que quelqu’un fasse le premier pas pour suivre. Ainsi, hier, aux alentours de 16H, on apprend que Gerets a annoncé son départ à ses joueurs, juste avant l’entraînement. Le technicien belge ne pouvait plus garder le secret, qui n’en était de toute façon plus un. Il en profite pour s’expliquer avec le commentateur vedette de France Bleu Provence, en vidéo.
http://www.dailymotion.com/videox94npf
Les raisons du départ
Eric Gerets explique son départ par le manque de confiance de l’actionnaire majoritaire, Robert Louis-Dreyfus, dont les paroles du mois de janvier n’ont pas été digérées : « A un moment donné, je me suis dit: je ne peux plus attendre. J’ai pris la décision de quitter ce club, le premier où j’ai connu des sensations pareilles. C’est dommage, car en cinq minutes, ce problème aurait été réglé. Mais à un moment donné on a aussi sa fierté. [...] c’est l’actionnaire qui donne de l’argent, et s’il a envie de faire des déclarations comme il l’a fait, je dois l’accepter. Mais il doit aussi accepter qu’un homme a sa fierté et que, s’il doit attendre trois mois, les choses puissent aller dans une autre direction. »
Passons à l’analyse et aux autres raisons
Il faudrait être idiot pour boire les paroles du technicien belge sans imaginer qu’il y a quelque chose d’autre autour de cette affaire. Le manque de confiance dont parle Gerets n’est pas la seule raison même si tout part de là. La revalorisation salariale demandée n’a pas trouvé preneur. Gerets voulait rester mais pas à n’importe quel prix : un salaire en hausse et les pleins pouvoirs. Autrement dit, bye bye Anigo (d’ailleurs à quoi sert-il?) et bonjour le carnet de chèque de RLD. Ce dernier n’a pas daigné, semble t-il, proposer un nouveau contrat à Gerets avant la fin du championnat, le Belge prend acte et s’en va.
L’autre raison serait d’ordre familiale puisque le Belge souffrait de ne pas avoir sa femme à ses côtés à Marseille. Deux ans c’est long. Enfin, la dernière raison est l’instabilité chronique de Gerets qui cumule les mandats de deux ans : Bruges, Eindhoven, Kaiserslautern, Wolfsburg et Galatasaray. Il était alors difficile de le voir s’installer sur quatre ou cinq ans.
Au sommet de sa forme
Eric Gerets va finalement quitter Marseille au meilleur des moments et avec un bilan plus que positif. Arrivé en 2007 quand l’OM était relégable, il conclue sa première demi-saison à la troisième place avec une remontée fantastique. Cette saison, l’objectif était de faire aussi bien, si ce n’est mieux en se qualifiant directement pour la Ligue des Champions, sans avoir à passer par le tour préliminaire. Il est en passe de réussir cet objectif et même de le dépasser puisque le titre de champion est tout à fait envisageable. En cas de titre, son statut de demi-dieu ne serait pas volé…

Quelle réaction pour les joueurs et les supporters?
Il est difficile de se projeter dans l’avenir car on ne sait jamais comment un groupe peut réagir après une annonce comme celle-ci. Quand un entraîneur est autant dans l’affectif que l’était Gerets avec ses joueurs, on a deux options : ou bien l’équipe est déstabilisée car la nostalgie s’installe et alors Marseille va s’effondrer, ou au contraire, les joueurs vont vouloir tout faire pour laisser Gerets avec un titre. Etant donné que l’OM est premier et que les joueurs ont, eux-aussi, faim de titre, la deuxième option me semble la plus crédible.
Du côté des supporters, il me parait difficilement concevable que ces derniers s’en prennent à Eric Gerets. Car comme avec les joueurs, Gerets bénéficiait d’une grande cote de sympathie chez les supporters. Par ailleurs, selon Gerets, la seule raison de son départ est le manque de soutien de RLD. Il apparait clairement comme la victime d’une sorte d’orgueil mal placé de l’actionnaire majoritaire. Il ne serait donc pas surprenant que les supporters s’en prennent à RLD. On devrait d’ailleurs assister à un grand jeu des banderoles face à Toulouse ce week-end…
Après Gerets, au tour de Diouf?
Comme si ce n’était pas assez pour les marseillais, on a appris dans la même soirée que Pape Diouf pourrait être le prochain à quitter le navire. Si le président de l’OM venait à quitter le club, c’est le travail de plusieurs années qu’il faudrait recommencer. Depuis deux ans, le club avait trouvé stabilité, confiance et bon esprit. Diouf n’aurait pas non plus accepté les délcaration de Dreyfus et se dit victime d’une tentative de déstabilisation de proches de RLD qui voudraient piloter le club depuis Paris. Bref un sacré foutoire…

Quel avenir pour le club?
Quand on connaît l’attachement des joueurs de l’OM pour leur entraîneur, on peut s’attendre à une vaguelette de départ cet été. Si le club venait en plus à être sacré champion de Ligue 1, certains auraient la sensation de ne pas pouvoir faire mieux. Mandanda, Niang et Taiwo pourraient inaugurer la valse des départs.
Du côté de la présidence, comme l’écrivait hier très justement Bastien, un retour de Tapie pourrait se préparer…
Quel avenir pour Gerets?
Soyons clair, un départ pour l’Arabie Saoudite abimerait sérieusement l’image de Gerets auprès des supporters. Aucun challenge mais un compte en banque bien rempli. L’entraîneur a refusé la sélection belge, un challenge pourtant taillé pour le technicien belge, et la rumeur Bayern Munich a été démentie. Gerets semble lorgner vers l’Espagne mais des postes seront-ils à pourvoir cet été?
Deschamps, Antonetti, Papin…
Le prochain feuilleton du marché des transferts sera sans aucun doute celui du nouvel entraîneur de l’OM. Il ne sera évidemment pas évident de succéder à Gerets. Déjà car l’homme était très apprécié par les supporters, et ensuite, car les résultats parlaient pour le Belge. A Marseille il faut une forte tête. Cela élimine d’entrée Jean-Piere Papin qui n’a de toute façon pas l’expérience pour entraîner un club de cette dimension. On voit mal Blanc et Garcia (les deux meilleurs entraîneurs de L1 avec Gerets) quitter leurs cocons cet été. Oublions les farces du type Troussier et Metsu, on gagnera du temps. On a le choix entre une vieille gloire (Carlos Bianchi), un entraîneur passé par la France et tout juste viré du Bayern (Jürgen Klinsmann), un entraîneur bientôt viré de la Juve (Ranieri), un ancien entraîneur viré de la Juve (Didier Deschamps) et un entraîneur de Ligue 1, sanguin comme un marseillais (Frédéric Antonetti).
Deschamps et Antonetti me semblent en pôle. Le premier a le CV pour lui, en tant que joueur en entraîneur même si il a eu deux groupes très talentueux à gérer : l’ère Morientes, Evra, Rothen, Giuly and co à Monaco et l’ère Trezeguet, Buffon, Nedved, Chiellini and co à la Juve en Série B. On peut encore douter de ses compétences. Antonetti lui n’a pas le CV de Deschamps mais il a le tempérament et l’envergure d’un entraîneur de l’OM. Le prendre serait un risque, mais Gerets l’était lui aussi à son arrivée…

Des regrets pour les amateurs de foot
Il n’y a pas que les supporters de l’Olympique de Marseille qui ont été déçus suite à l’annonce de départ de Gerets. On n’a beau ne pas être fan de ce club, on ne peut qu’admirer le travail de Gerets tout au long des 18 mois qu’il a passés dans le Sud de la France. Il a redonné une âme au club et un esprit de combattant tout en ayant une relation très proche avec ses joueurs.
L’année prochaine on ne reverra donc plus Taiwo traverser le terrain à toute allure pour aller sauter dans les bras de Gerets, on ne pourra plus se délecter de l’accent belge qui nous a tant fait rire « nous autres » et on n’assistera plus à des conférences de presse aux airs de colonie de vacances.
Et si Gerets revenait sur sa décision?
Et si demain ses joueurs se mettaient à genoux? Et si RLD publiait une tribune dans L’Equipe pour présenter ses excuses? Et si Pape Diouf offrait un contrat juteux au Belge? Et si la nostalgie de Gerets le poussait à revenir sur sa décision? Ca serait tellement beau. Mais on parle de football…
29 avril 2009 à 18 h 36 min
Dossier complet, rien à dire !
Ce matin, j’ai regardé l’interview de Gerets où il expliquait son départ, je me suis pincé bien fort mais malheureusement c’était bien vrai.
Que dire à part qu’en tant que supporter de l’OM, je suis profondément déçu et scandalisé par ces annonces, et suis vraiment sceptique pour l’avenir (départ massif de joueurs).
Je n’en veux absolument pas à Gerets, ni à Diouf. Mais clairement, quand je lis qu’aucune offre n’a été faite au Belge, pas même l’ombre d’un entretien. Alors que Gerets était prêt à poursuivre l’aventure. Là, je me dis que RLD est une sacrée pipe.
RLD a en fait démoli la stabilité que l’OM recherchait depuis 15 ans. Une chose est sûre : les supporters de l’OM ne désavoueront pas Gerets et ne le critiqueront pas malgré leur déception. Je peux miser ma chemise que samedi, le public scandera encore son nom, sûrement même plus fort que d’habitude. Le public marseillais n’a pas la mémoire courte. Je peux aussi miser une deuxième chemise sur l’accueil « chaleureux » réservé à RLD.
30 avril 2009 à 0 h 31 min
OM-PSG, même combat, ou comment se foutre dans la merde quand tout va bien.
Le PSG marche bien, joue sans pression après plusieurs saisons difficiles, un peu à l’ombre des deux Olympiques. Mais il faut parler du PSG, alors on s’invente une petite crise en interne, Villeneuve se fait étrangler par des Ottomans, et le tour est joué.
Quant à l’OM, il aurait fallu tout faire pour conserver Gerets, et clairement ce n’est pas ce qui a été fait… Et plus que le seul public marseillais, c’est toute la Ligue 1 qui perd un grand monsieur, un mec qui n’a pas peur d’assumer ses ambitions et qui s’en donne les moyens, un mec respecté par ses pairs et ses joueurs (quel bonheur de voir sa joie et toute son équipe qui lui bondit dessus quand ils marquent un « goal »), et surtout un « sacré client », que dis-je, un délice en conférence de presse, ce sens de la répartie, cet accent chantant… Bref, merci Monsieur Gerets, bonne route, et revenez-nous vite, vous nous manquez déjà !
30 avril 2009 à 20 h 35 min
« charognards », les journalistes ? eux au moins ils en ont des infos, ils se contentent pas de compiler les infos des autres, sans citer !