Dossier : Lyon s’est brûlé les ailes
Il y a deux ou trois semaines à peine, on disait que le championnat de France était relancé pendant que l’OL perdait du terrain sur ses adversaires directs en lutte pour le titre. Aujourd’hui, après une nouvelle déroute du tenant du titre à Valenciennes (0-2) la semaine passée, on peut dire que les espoirs de ramener un huitième trophée d’affilée sur les bords du Rhône se sont définitivement envolés. Une chute aussi soudaine que violente.
La griffe Puel
Cible évidente de toutes les critiques, l’entraîneur Claude Puel. Arrivé cette saison sur les bords du Rhône en provenance de Lille pour faire passer un cap à l’OL, notamment sur la scène européene, on peut déjà affirmer à court terme que cette passation de pouvoir est un échec. Tout d’abord, un échec sur le plan des résultats pûrs : le Lyon de Puel n’a pas fait mieux que ses prédécesseurs sur la scène européenne, mais surtout il est en passe de briser la formidable chaîne formée il y a sept ans de cela et jusqu’alors ininterrompue au sommet de la Ligue 1. On pensait que n’importe quel entraîneur était capable de s’imposer à la tête d’un tel groupe, Claude Puel est la preuve vivante du contraire.
Mais au delà de ce manque de compétitivité, Puel a, au grand dam du spectateur avide de beau jeu et de jeu offensif, réussi à imposer sa « griffe » sur une équipe qui avait pris depuis quelques années l’habitude d’associer la manière aux résultats. Cette même griffe qui fait que l’Olympique Lyonnais cette année ressemble comme deux gouttes d’eau au Bordeaux de Ricardo (d’ailleurs, le mélange eau – petit rouge ? petit jaune ne laissait présager de rien de bon), au Toulouse de Casanova ou au Lille de… Claude Puel.

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Cette gangrène nommée querelle interne
Deux. C’est le nombre d’entraîneurs qui sont partis alors qu’ils avaient réalisé de très bonnes performances à la tête de l’OL. Gérard Houllier et Alain Perrin ont donc été débarqués car une partie du staff lyonnais voyait d’un mauvais oeil leur influence et leurs méthodes. Bats, Duverne and co semblent donc être les hommes qui dirigent cet Olympique Lyonnais et ont le droit de vie et de mort sur les techniciens. Une ambiance à faire pâlir celle du Bayern Munich cette saison où Klinsmann s’est lui aussi heurté à des collaborateurs qui ont tout fait pour le sortir.
Jean-Michel Aulas confirmait d’ailleurs cette information lors d’un interview sur la radio RMC. Claude Puel a donc été choisi en partie par le préparateur physique – qui ferait mieux de s’interroger sur la préparation estivale depuis deux ans du club – et l’entraîneur des gardiens. Drôle de conception de la hiérarchie…
Priorité au maintien en première division (européenne)
Pourtant, les dirigeants rhodaniens, Jean-Michel Aulas en tête, ont publiquement affiché leur soutien à l’entraîneur en place, et ont même affirmé leur volonté de poursuivre l’aventure jusqu’au terme du contrat de Puel (4 ans). On en connaît qui se sont fait débarqués pour moins que ça, quand on pense qu’Alain Perrin s’est fait viré après un doublé historique championnat – coupe de France…
Toujours est-il qu’après s’être fait déposséder de son titre de roi de la Ligue 1 par Marseillais et Bordelais, l’Olympique Lyonnais se retrouve dans une situation qu’il n’avait plus connu depuis bien longtemps, distancé à l’approche de la dernière ligne droite. Et si devant les caméras joueurs, entraîneur et président assurent qu’ils se contenteraient volontiers d’une place qualificative pour le tour préliminaire de la Ligue des Champions, nul doute que ce discours teinté d’un sentiment de réserve de circonstance, ne saurait perdurer dans la Capitale des Gaules. Mais si Jean-Michel Aulas semble peu enclin à laisser partir sous un pont d’or un technicien sur lequel il avait fondé d’aussi grands espoirs, c’est donc sur le prochain marché des transferts qu’il faudra sortir le chéquier.
There is something Rothen in the Stade of Gerland
L’ombre d’un grand remaniement planait depuis quelques temps sur Lyon ; aujourd’hui, ça sent la fin de cycle à plein nez, le lien entre les derniers rescapés de la fabuleuse épopée et la nouvelle génération étant arrivé à épuisement. La succession de Juninho semble avoir été assurée ; mais que dire de celle d’un Sidney Govou, qui annoncé partant chaque année, semble enfin décidé à quitter le navire lyonnais après de longues années de bons et loyaux services ?
Claude Puel a eu une bonne partie de la saison pour y réfléchir, entre convalescence prolongée et contrôles d’alcoolémie intempestifs positifs de son ailier droit international. Pourtant, aucune solution testée ne s’est montrée réellement convaincante pour pallier à cette absence. Car avec Govou, les vrais joueurs de couloir se comptent sur les doigts d’une seule main amputée de trois doigts à l’OL : Keita et Delgado. Le premier, à l’image de ses anciens complices du LOSC que sont Bodmer, Makoun et Puel, n’aura jamais confirmé les espoirs (et l’argent) placés en lui depuis son arrivée au club. Le second, auteur de prestations très prometteuses, aura malheureusement pour lui squatté l’infirmerie aussi souvent que Govou.

L’axe du mal
Ultime alternative : faire évoluer des joueurs à un poste qui n’est pas le leur. Dans le désordre, on peut ainsi citer Bodmer défenseur central, Mensah arrière droit, Källström arrière ou ailier gauche, Ederson ailier gauche, Pjanic ailier droit… Autant de joueurs extrêmement performants à leur poste de prédilection (c’est-à-dire dans l’axe) avec leur club précédents, mais qui n’ont jamais, ou si rarement, eu l’occasion de prouver leur véritable valeur à leur véritable poste. L’archétype de ce constat est d’ailleurs Miralem Pjanic, éblouissant l’an passé sous les couleurs messines, méconnaissable cette année sous la tunique lyonnaise.
Si on peut donc parler de pénurie sur les côtés, on peut également faire part d’un véritable embouteillage dans l’axe, notamment au milieu de terrain. En même temps, avec Toulalan, Juninho, Makoun, Kallstrom, Bodmer, Ederson, Pjanic ou encore Fabio Santos, on ne pouvait pas s’attendre à autre chose…

Un groupe qui vit bien
Résultat, beaucoup de ces joueurs sont le plus souvent appelés en dépannage pour colmater les brèches, plutôt qu’en première nécessité. Ce qui ne manque pas de faire monter la tension au sein du groupe et d’agacer certains joueurs. A ce sujet, Mathieu Bodmer déclare : « Je ne vois pas l’intérêt de rester pour être quinze au milieu de terrain ». De son côté, le Brésilien Fabio Santos préfère laver son linge sale en famille et s’en prend directement à Claude Puel, à la mi-temps du match perdu 0-2 face à Valenciennes. Pas sûr qu’on le retrouve de sitôt sur une pelouse de Ligue 1, du moins pas avec le même coach…
La comparaison avec Eric Gerets paraît inévitable. Confronté au même genre de situation suite aux blessures de Taiwo et Bonnart, le futur-ex-entraîneur de l’OM a su gérer son groupe en tentant Kaboré arrière droit et en osant Zubar arrière gauche sans que le rendement de son équipe n’en soit directement affecté. On ne peut pas dire la même chose du côté de Lyon…
Belhadj, Rémy & co
On l’a souvent répété, en qualité et en quantité, l’OL a l’un des effectifs les plus fournis de Ligue 1 et n’a pas grand chose à envier à ses principaux adversaires dans l’hexagone. En revanche, l’intelligence et la cohérance du recrutement sont difficilement perceptibles. Evidemment, il est facile d’affirmer cela au moment où le club entre dans une impasse dont il ne voit pour l’instant pas la sortie. Mais comment expliquer le fait qu’un club qui a l’ambition (la prétention ?) de vouloir jouer sur plusieurs tableaux, notamment le championnat de France et la Ligue des Champions, puisse afficher un tel déséquilibre dans son effectif ?
Comment expliquer le départ d’un Nadir Belhadj quand on sait combien les arrières gauches de qualité se font rares à ce niveau et qu’un champion du monde comme Grosso fait désormais banquette alors qu’il n’a même pas de réelle concurrence à ce poste ? Même si Belhadj n’est pas un défenseur dans l’âme, n’aurait-il pas eu son mot à dire, ou plutôt son jeu à jouer, dans un couloir gauche déserté depuis le départ de la doublette Abidal ? Malouda ? Comment expliquer le départ d’un Loïc Rémy qui aurait aisément trouvé sa place sur l’aile droite de l’attaque lyonnaise quand on voit le travail qu’il effectue à Nice ? Comment expliquer le départ d’un Fred quand le premier choix d’attaque qui s’impose après Benzema s’appelle Frédéric Piquionne, au moment où l’ex-meilleur buteur de la Ligue 1 ne s’est jamais senti aussi seul ?
Autant de questions qui resteront sans réponses jusqu’à la fin de cette saison, mais auxquelles il faudra s’efforcer de répondre si Lyon ne souhaite pas retomber dans l’ « anonymat » du championnat de France et de la deuxième division européenne, future Europa League…

Article rédigé par Bastien !
11 mai 2009 à 19 h 05 min
J’ai lu le premier paragraphe « la griffe puel ». Tu aurais pour dire « l’ongle », on parle plus de griffe à ce niveau. Bon, je lirais la suite après le diner ^^
Un supporter Lyonnais qui a bien mal au coeur cette saison…