La retraite en plomb des footballeurs

Publié par Kevin Letalleur le Samedi 14 avril 2012 à 21h04

Lorsque sonne le glas de la vie active, tout un chacun se pose généralement la question suivante : comment meubler les vingt prochaines années autrement qu’en remplissant des grilles de Sudoku à Menton ? Les footballeurs n’échappent pas à la règle, à la petite différence que, pour eux, l’échéance intervient « légèrement » plus tôt. Panorama des reconversions de ces joueurs de football qui ont foiré leurs « passes en retraite »…

Botter en touche ou battre en retraite

Si une carrière de footballeur peut-être longue, elle demeurera toujours démesurément courte sur l’échelle d’une vie. Paolo Maldini par exemple, qui n’a connu qu’un seul club, l’AC Milan, peut se targuer d’avoir eu une exceptionnelle longévité en tant que professionnel. Le mythique numéro 3 italien a écumé les pelouses du monde entier de 1985 à 2009, soit près de vingt-cinq ans, ce qui en fait à la fois un contemporain de Michel Platini et de Lionel Messi, nés respectivement en 1955 et en 1987. Âge de la retraite : 41 ans. Thierry Henry, meilleur buteur de l’histoire des bleus, professionnel depuis 1994 et encore en activité, pèse dix-huit années de cotisations salariales. A bientôt 35 ans, il est acquis qu’il raccrochera les crampons –au moins en tant que pro- dans moins de deux ans. La précocité de l’âge de la retraite, qui contraint les « footeux » à vouloir assurer leurs arrières, principale raison qui pousse nombre de joueurs professionnels à rallier les destinations plus exotiques et rémunératrices, avant de se retirer pour de bon. Pour les autres, il s’agit de se recycler au mieux.

La question de la reconversion taraude ainsi l’esprit de la plupart des joueurs de football au crépuscule de leurs carrières. Les plus habités par la passion du terrain deviennent entraîneurs, recruteurs ou managers. D’autres optent pour une voie plus paisible -mais pas nécessairement moins lucrative- en devenant ambassadeur du club de leurs cœurs… Ou du cœur de leurs porte-monnaie, à l’instar de Patrick Vieira qui occupe cette fonction à Manchester City et non à Arsenal. Les plus médiatiques peuvent devenir consultants à la télévision, en parallèle d’autres activités professionnelles. Mais tous les joueurs ne jouissent pas de la même reconnaissance une fois achevées leurs carrières. Et dès lors, tous les moyens sont bons pour ne pas passer son dimanche après-midi avec Drucker…

 Le bon, la brute et le truand

Stéphane Guivarc’h, vendeur de piscine 

Qui ne se souvient pas de l’attaquant de pointe de l’équipe de France championne du monde en 1998 ? Ce formidable canonnier, double meilleur buteur du championnat de France avec Rennes puis Auxerre (1997 et 1998) s’était alors distingué par sa maladresse lors de la finale contre le Brésil, manquant à trois reprises de rentrer dans l’histoire… Du moins par la bonne porte. Dès lors, le parcours international du breton va prendre littéralement l’eau. Le natif de Concarneau enchaîne ainsi les blessures et ne retrouvera jamais le formidable instinct de buteur qui avait fait décoller – tardivement- sa carrière. Il stoppe celle-ci en 2002 à l’âge de 32 ans. Il suit dans un premier temps le schéma « France 98 » classique, en devenant consultant sur Canal+, avant de laisser sa place à ses anciens partenaires les plus illustres, partis un peu plus tard à la retraite. Déterminé à ne pas finir si jeune dans une maison médicalisée pour personnes âgées à Saint-Brieuc, il devient un commercial spécialisé dans la vente de… piscines, au sein de l’entreprise Tanguy Piscines. Sur le site internet de l’enseigne trône d’ailleurs fièrement le numéro de téléphone de l’ancien protégé de Guy Roux, à « votre disposition au 06… »

Vinnie Jones, l’homme, l’acteur… le joueur 

Son nom ne parle pas forcément aux amoureux du football. Du moins, pas autant qu’aux cinéphiles. Aux origines, ce grand gaillard gallois est passé par quelques-uns des clubs les plus tumultueux d’Angleterre (Wimbledon FC, Chelsea, Leeds United…). Il s’est fait connaître sur les gazons de la perfide Albion par sa violence illimitée sur le terrain. Plus attiré par les ligaments et autres fémurs de ses adversaires que par le ballon, plus prompt à effectuer des tacles à la gorge que des passements de jambes, ce milieu défensif de sinistre réputation n’a jamais été un grand joueur. Mais en ce temps où le football, en Angleterre, se jouait dans la boue entre deux beuveries, Vinnie faisait figure de chef étoilé parmi les rois de la soupe de tendons. Son palmarès, qui ne comporte que deux malheureux trophées, dont la FA cup, est d’ailleurs moins étoffé que son tableau de chasse, qui comprend notamment les parties génitales de Paul Gascoigne. Sa notoriété, il la doit au succès de son documentaire prônant le jeu rugueux, Soccer’s Hardmen. Notoriété qui prend une réelle envergure une fois terminée sa carrière de footballeur. Vinnie Jones devient alors acteur, jouant dans des films à succès commerciaux et/ou critiques, tels qu’Arnaques, Crimes et Botaniques, Snatch aux côtés de Brad Pitt –tous deux de Guy Ritchie- ou encore X-Men 3, où il incarne « le Fléau », un rôle sur mesure. Une carrière d’estime qui se poursuit encore aujourd’hui pour l’ancienne terreur du football britannique.

Tony Vairelles, V for Vendetta

Champion de France avec Le RC Lens en 1998,  Tony Vairelles devient la même année un international français en même temps que le premier joueur issu de la communauté gitane à porter le maillot frappé du coq. Il portera à huit reprises la tunique tricolore pour un seul but inscrit. Avant-centre longiligne, il est de ces profils incompris par les entraîneurs français : trop véloce pour être un simple point de fixation, trop créateur pour être un buteur, trop lent pour prendre la profondeur. Profil qui nuira fortement à sa carrière internationale, en plus de la féroce concurrence qui sévissait à l’époque à Clairefontaine (Dur de faire son nid entre Henry, Trezeguet, Djorkaeff et Wiltord). Mais Vairelles demeure toutefois aujourd’hui plus célèbre pour ses attentats capillaires –sa fameuse coupe mulet- que pour son talent footballistique. Après son passage mitigé à l’Olympique Lyonnais au début des années 2000, il enchaînera les clubs et les mauvaises performances jusqu’à son retrait discret du monde professionnel. Après une pige au Luxembourg, il reprend en 2009, financièrement et sportivement, un club de Gueugnon à la dérive en National et au bord du dépôt de bilan. Un échec, car le club tombe en liquidation judiciaire. Sa retraite de sportif, il la subira plus qu’il ne la choisira. Le 23 Octobre 2011, Tony Vairelles est impliqué dans une fusillade et placé en examen pour tentative d’assassinat, après que lui et ses trois frères se soient fait virer d’une boîte de nuit nancéenne. Une ogive sera notamment retrouvée sur place. Il est placé cinq mois durant à la maison d’arrêt de Metz. Ironie du sort : le premier tir cadré de Vairelles depuis des lustres lui aura coûté sa fin de carrière, lui qui se voyait couler de beaux jours aux Etats-Unis. Et contraint de combler le vide en jouant au Sudoku derrière les barreaux, en Meurthe-Et-Moselle…

 

A suivre…

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5 commentaires sur cet article

  1. Paris en ligne dit :

    Faut pas croire ils ne sont en rien obligé de continuer après leur retraite sportive. Ils pourraient partir directement en vrai retraite.

  2. Nassim dit :

    Je trouve les commentaires très durs l’article est bien écrit et très drôle !
    Continuez comme ça monsieur

  3. Blackdevil dit :

    Très sympa cet article.

    Il dit bien, combien peuvent être différents les destins des joueurs après le foot. Jolie plume je trouve, et merci pour la belle description de l’oeuvre de Vinnie Jones… un beau salopard. =D

    La reconversion des joueurs est souvent liée à ce qu’ils ont donné sur le terrain, le pauvre Guivar’ch aurait peut-être eu droit à une statue de cire si il nous avait offert la coupe du monde en 98…
    Au lieu de ça, il a fini dépressif pour aujourd’hui vendre des piscines… Il en est peut-être très heureux aujourd’hui.

    Bien souvent les anciennes gloires ont une reconversion plus facile que les autres…
    Mais tous joueurs qui raccrochent les crampons pour prendre le micro de consultant, sont loin d’être bons…

    Et ça me fait gerber de voir qu’il suffit d’avoir foulé la pelouse du stade de France le 12 juillet 98 pour ensuite poser son cul tranquillement sur un siège pour « commenter » un match de foot… Franck Leboeuf si tu lis ces lignes elles sont pour toi. ;)

  4. Streaming foot dit :

    Il est vrai que les articles sur le football Scandinave par exemple ou les championants inconnus écrits par Johann étaient d’un niveau très élevé. Laissons le temps à la nouvelle équipe même si celui-ci commence à être long.

  5. Kevin Letalleur dit :

    Très chers lecteurs,

    Je viens de reprendre le site. En fait je ne serai officiellement rédacteur que Lundi. Je mentirais si je disais avoir passé beaucoup de temps sur cet article, et je n’aime pas mentir. Cependant j’en prépare un, non pas sur la Scandinavie (pas encore), mais sur la dictature du beau jeu, qui devrait ravir « petits et grands ». Et d’autres bien évidemment. Le but est de tourner à un article par jour minimum…

    Sachez que l’objectif à terme est de (re)faire de Coupfranc un must des sites sportifs sur la toile. Et le journalisme s’écrit pour être lu, donc vos avis comptent bien évidemment. Sachez-le, aucun rédacteur ne contribue davantage à la vie du site que vous, lecteurs.

    Chaque commentaire est lu et analysé par moi, pour que votre visite sur Coupfranc soit un plaisir et pour que l’héritage de Johann, qui restera Johann et que personne ne remplacera, soit fructifié.

    Affectueusement.

    Kevin Letalleur

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